Sylvain Darnil et Mathieu Le Roux – 80 hommes pour changer le monde

Darnil_2Aller à la rencontre de femmes et d’hommes qui ont décidé, par leur action, de rendre notre planète plus durable, voilà le pari que se sont lancés les deux auteurs du livre 80 Hommes pour changer le monde, Sylvain Darnil et Mathieu Le Roux. Un livre inspirant qui se base sur des témoignages venus du monde entier, dans des domaines aussi variés que la production d’énergie, l’agriculture, le tourisme mais aussi l’éducation, la santé…

Âgés seulement de 24 et 26 ans lorsqu’ils décidèrent de faire un tour du monde d’actions majeures pour le développement durable, les auteurs se sont rencontrés en 2001 alors qu’ils effectuaient tous deux leur coopération pour des entreprises françaises au Brésil et réalisèrent ce voyage à travers le monde dès 2002.

S’ils nous livrent au total 80 portraits inspirants d’entrepreneurs ou d’intrapreneurs sociaux, ils gardent un focus plus particulier sur leurs 32 « coups de cœur », les autres étant plus succinctement évoqués. Le livre est découvert en zones géographiques (Europe, Asie, Amérique du Nord, Amérique du Sud-Afrique) et recoupent des initiatives très différentes, pourvu qu’elles s’inscrivent dans la notion de développement durable définie par l’ONU.

A lire ces témoignages, on repère les points communs suivants : il existe un élément déclencheur à l’action de nos « héros » (réponse à une injustice, identification d’un manque, atteinte à l’environnement ou à l’espèce humaine…), ils ont dû faire preuve de persévérance (le succès n’arrivant pas tout de suite, le pragmatisme et la volonté sont de mise), ou encore le fait que le modèle d’affaires ne repose pas que sur des dons (celui-ci pour la plupart génère son propre financement), et bien sûr la démarche éthique :

Tous ces « alter-entrepreneurs » ont une éthique personnelle forte, croient fondamentalement en la capacité de chaque être humain de devenir acteur de changement positif. Mais surtout, ils éprouvent un bonheur sans borne à pouvoir aligner leurs actions quotidiennes sur leur système de valeurs.

Un autre point intéressant est que pour beaucoup d’entre eux, nous avons affaire à des entreprises, voire des industries. Et c’est l’un des mérites du livre de proposer des portraits d’industriels qu’on ne rangerait pas spontanément dans la durabilité : Safechem, qui vend des solvants chlorés et qui, en passant de la vente du produit à celle du service (en l’occurrence le nettoyage), réduit drastiquement l’utilisant de polluants ; ou encore un fabricant de moquettes recyclables, dont je vous livre ci-après la réflexion :

Au-delà de ces résultats unanimement salués, l’histoire de Ray Anderson prouve qu’il est absurde d’imaginer inventer un monde plus propre sans convaincre les entrepreneurs d’industries traditionnelles de s’embarquer dans l’aventure. Le titre que Ray a d’ailleurs choisi pour son livre est révélateur. Dans Mid-Course Correction (« Changement de cap à mi-parcours »), il rappelle qu’Apollo 11, le vaisseau transportant Neil Armstrong sur la lune, a été, durant plus de 90% de son trajet, sur une mauvaise trajectoire.

A mon tour, je souhaiterais citer ici quelques initiatives ou entrepreneurs du changement :

  • l’écoparc de Kalundbord, une zone industrielle danoise où les déchets d’une usine deviennent la ressource de l’autre
  • Mohammed Yunus, prix Nobel de la paix, à l’origine du micro-crédit au Bangladesh, dont dépend aujourd’hui 1 emploi sur 4 dans ce pays
  • Suraiya Hague, toujours au Bengladesh, qui a fondé une société de création de crèche en entreprise, améliorant l’éducation des jeunes enfants tout en résolvant l’absentéisme en entreprise
  • Takao Furuno au Japon a développé une technique associant la riziculture à l’élevage de canards, ces derniers désherbant et fertilisant la culture. Une méthode déjà adoptée par plus de 75.000 fermes à travers l’Asie, selon les auteurs
  • Willliam Drayton, le fondateur d’Ashoka, un réseau de plus de 1500 entrepreneurs sociaux. Ashoka aide les candidats à monter leurs projets, leur verse un salaire pendant la préparation du projet, et leur fait bénéficier du réseau.
  • Amy Domini et le Domini Social Index, le premier index boursier éthique
  • Thomas Dinwoodie qui, après avoir travaillé pendant 4 ans dans son garage à la fabrication d’un prototype de tuile solaire et avoir connu des temps difficiles, fonde Powerlight, le leader américain des panneaux solaires.
  • Rodrigo Baggio forme au Brésil des centaines de milliers de jeunes des favelas à l’outil informatique, leur permettant ainsi l’acquisition de compétences et l’accès à l’emploi
  • Garth Japhet, médecin en Afrique du Sud, fatigué de voir que beaucoup de gens arrivaient trop tard pour la consultation et constatant que beaucoup de situations étaient évitables, a lancé une série-télé incluant des messages sur la santé.

Vous l’aurez compris, c’est un livre qui donne envie d’être acteur du changement, celui-ci pouvant se faire de nombreuses façons. Le seul bémol, peut-être dû à la jeunesse et à l’enthousiasme des auteurs mais aussi à la date de publication de l’ouvrage (plus de 10 ans – le savoir s’est étoffé depuis), est parfois un certain manque d’esprit critique et de vérification des sources ; par exemple en citant un fabricant d’éoliennes offshore, il serait utile de pointer l’envers du décor, c’est-à-dire l’utilisation massive de métaux rares – ou une autre fois, en citant des exemples d’agriculture biologique, il serait bon de vérifier ses propos quand on oppose cette technique à des OGM impliquant des semences aux gênes Terminator (ce qui est erroné).

Je vous en conseille néanmoins vivement la lecture !

Et vous, connaissez-vous des entrepreneurs du changement autour de vous ? N’hésitez pas à le partager ci-dessous dans les commentaires.

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Lisez autre chose

80 Hommes pour changer le monde – Entreprendre pour la planète, de Sylvain Darnil et Mathieu Le Roux. Le livre de poche, 2010, 320 pages

 

2 réflexions sur “Sylvain Darnil et Mathieu Le Roux – 80 hommes pour changer le monde

  1. Agnès 15 février 2019 / 17:42

    Le titre me gêne un peu : j’ai bien compris qu’une partie de ces hommes étaient… des femmes?

    Aimé par 1 personne

    • Patrice 17 février 2019 / 08:23

      Ton commentaire est très judicieux, je n’y avais pas pensé (déformation masculine…)

      J'aime

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