Lana Lux – Kukolka

Lux

Ukraine, milieu des années 90. Samira, une petite fille de cinq ans, vit dans un orphelinat ukrainien. Quand son amie Marina est adoptée par un couple allemand, elle n’a plus qu’une idée en tête : quitter ce lieu et prendre le train pour l’Allemagne afin de la retrouver. Dans Kukolka, premier roman de l’auteure allemande d’origine ukrainienne Lana Lux, Samira nous raconte le calvaire qui sera le sien après son évasion.

J’ai l’impression que toute mon enfance s’est passée en hiver. Je me souviens de l’immense dortoir froid et des lits en métal. Ils étaient alignés en rangées innombrables. C’est là que nous dormions. La nuit et aussi après le déjeuner. Tout ce que nous avions le droit de faire au foyer était défini avec précision. Même dormir.

Quand Samira réussit à quitter l’orphelinat en pleine nuit, elle s’imagine que le plus dur est fait, qu’il lui suffira de se rendre à la gare et de prendre un train pour l’Allemagne. Errant autour de la gare, elle est repérée par un homme surnommé Rocky. Celui-ci lui promet de la protéger et de l’aider à épargner de l’argent pour retrouver Marina. Très vite, elle se retrouve dans un local sale, partagé avec d’autres enfants et adolescents que « patronne » Rocky.

Elle se lie alors avec Lydia, qui couche avec Rocky, mais aussi Dascha, une jeune fille taciturne. Ce sont tous des estropiés de la vie, qui se sont retrouvés à la rue ; des destins qui interpellent le lecteur, comme celui d’Ilya, qui a perdu la vue car quelqu’un lui a jeté de l’acide sur les yeux. La bande jouera le rôle d’une famille de substitution pour Samira, qui se confie à Lydia :

Et toi alors, c’est quoi l’histoire de ta conne de mère ?

_ Je n’ai pas de… « , ai-je commencé, mais après j’ai dit : « Je ne la connais pas. Je ne savais pas non plus qu’on sortait toujours de quelqu’un. Je pensais… je pensais que certains enfants n’avaient pas de maman, qu’ils étaient juste trouvés. Et qu’après ils étaient dans des foyers et attendaient que quelqu’un les veuille.

Pour la fille de 5 ans, Rocky est un sauveur, mais elle se rend compte progressivement qu’il tire profit des jeunes pour faire des affaires. Samira et ses superbes yeux verts (qui lui voudront le surnom de « Kukolka » : poupée) n’échappant pas à la règle :

Tu ne comprends pas ça? On est son business. Il paie à la Krischa la taxe de protection nécessaire pour pouvoir envoyer ses gens mendier et voler. Toute la ville est divisée en secteurs. Tout appartient à quelqu’un. Et c’est son putain de boulot de veiller à ce que personne d’entre nous ne se fasse péter la gueule par la concurrence. En échange, il encaisse l’argent qu’on gagne.

Elle est aussi témoin de scènes qu’une enfant de son âge ne devrait pas voir. Mais un jour, alors âgé de douze ans, elle croise un très beau jeune homme alors qu’elle chante dans un passage souterrain. Il s’appelle Dimitrij. C’est le coup de foudre. Elle quitte Rocky pour rester avec lui. Débute alors une autre phase de la vie de Samira qui l’amènera enfin à Berlin. Je ne vous en dévoilerai pas plus, je vous laisse découvrir la suite si vous êtes interpellés par ce livre.

J’ai trouvé ce livre très touchant ; il est racontée par une jeune fille naïve qui grandit et se rend compte peu à peu du destin qui l’attend. Certains passages sont très durs, mais Lana Lux n’en rajoute pas. Elle suggère, laisse de l’espace aux lecteurs pour imaginer complètement ce qui se passe. Très réaliste, le récit nous fait plonger dans une société désorganisée, celle de l’Ukraine après la dislocation de l’URSS, puis dans un monde où les êtres humains ne sont qu’une monnaie d’échange, où la vie ne pèse pas lourd. Plus le récit avance, plus on peine à imaginer une fin heureuse. On en ressort très touché et révolté par le sort subi par ces jeunes filles.

Je vous conseille donc :

X d’acheter ce livre chez votre libraire ou bouquiniste

X de l’emprunter dans votre bibliothèque 

de lire autre chose

Kukolka, de Lana Lux, traduit de l’allemand par Brice Germain. Denoël, 2019, 352 pages.

Ce livre a été lu dans le cadre du Mois de l’Europe de l’Est d’Eva, Patrice et Goran, et soutient l’idée de Passage à l’Est de mettre les femmes – écrivaines de l’Europe de l’Est à l’honneur.

femmes écrivains d_europe centrale et orientale

9 réflexions sur “Lana Lux – Kukolka

  1. Passage à l'Est! 29 mars 2019 / 18:46

    Que de découvertes avec ce Mois de l’Europe de l’Est! Je ne connaissais ni l’auteur ni le titre mais le sujet parait tres touchant et intéressant.

    Aimé par 1 personne

    • Patrice 18 avril 2019 / 21:05

      Merci beaucoup ! On souhaitait intégrer une à deux nouveautés dans ce Mois de l’Europe de l’Est. « Kukolka » et « Zouleikha ouvre les yeux » ont été deux très belles découvertes.

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    • Patrice 18 avril 2019 / 21:03

      Merci pour le commentaire. En effet, c’est une histoire très touchante qui, malheureusement, n’est pas un cas isolé apparemment.

      J'aime

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