Martin Walser – Une source vive

Martin Walser est un auteur allemand contemporain né en 1927. Il fait partie des figures majeures de la littérature allemande du XXème, et je me réjouissais donc de commencer l’exploration de son oeuvre avec ce titre Une source vive, paru en allemand en 1998 et traduit en français en 2001. Il s’agit d’un roman basé sur l’enfance de l’auteur, dans une petite ville sur les bords du lac de Constance, Wassenburg.

Aussi longtemps qu’elle est, une chose n’est pas ce qu’elle aura été. (…) Au temps où le passé n’était encore que du présent, il n’y avait pas de passé ; mais voilà qu’il voudrait s’imposer maintenant comme s’il avait toujours existé sous la forme qu’il nous présent. Au moment où se produisirent les événements que nous disons aujourd’hui révolus, nous n’avions pas conscience de leur existence. A présent nous disons que cela s’est passé comme ceci et comme cela, alors que, à l’époque où cela se déroulait, nous ignorions tout de ce que nous déclarons maintenant.

En lisant les premières phrases du livre mentionnant le passé et son interprétation, je ne comprenais pas totalement la raison de ces lignes… En refermant le livre, j’en saisis enfin toute la portée d’autant plus après mes quelques recherches sur l’ouvrage et sa réception par la critique. En effet, l’auteur y décrit son enfance sous le IIIème Reich, dans trois parties distinctes s’étirant de 1932 à 1945, y évoquant les événements tels que l’accès au pouvoir d’Hitler, l’Anschluss de 1938 ou encore la fin de la guerre et la défaite. Néanmoins, ceux-ci ne reflètent pas le contenu du livre, qui est avant tout l’histoire d’une enfance allemande, avec ses plaisirs, ses découvertes, ses déceptions (amoureuses) ; c’est la raison pour laquelle ce livre a suscité de nombreuses réactions en décrivant une enfance sous le IIIème Reich comme « normale ». C’est ce qui a poussé sûrement l’auteur à commencer le roman par ces quelques lignes sur le passé.

Ne nous trompons pas : si le personnage principal du livre s’appelle Johann, il faut derrière ce prénom voir l’histoire de l’auteur, Martin Walser, dont les parents tenaient également une auberge dans la ville de Wassenburg. Walser est un conteur né : le récit est très vivant, très dense et met en scène un grand nombre de personnages locaux, parfois hauts en couleur, toujours très bien décrits. La famille y tient un rôle majeur : la mère, qui adhère au parti dans l’espoir de tenir à flot son commerce, le père, rêveur, un amoureux des mots et du piano qui encourageait son fils à noter dans un « arbre à mots » tous les mots à prononciation difficile. La communion, les livraisons de charbons, l’arrivée du cirque dans la petite ville, ou encore les premiers émois amoureux jalonnent le livre.

Je me suis promis de continuer à lire cet auteur, assurément. Je dois convenir que j’ai éprouvé quelques difficultés à finir la 3ème partie, sur la fin de la guerre (mais aussi la fin d’un monde pour l’auteur) mais le livre constitue une « échappée littéraire » des plus appréciables.

Je vous conseille donc :

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de lire autre chose

Une source vive, de Martin Walser, traduit de l’allemand par Evelyne Brandts. Editions Robert Laffont, collection « Pavillons », 2001, 450 p.

Ce livre a été lu dans le cadre des Feuilles allemandes.

9 réflexions sur “Martin Walser – Une source vive

  1. luocine 29 novembre 2022 / 08:46

    Une enfance normale sous le régime nazi ! C’est sans doute vrai mais cela me fait du mal de le penser.

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    • Patrice 2 décembre 2022 / 06:32

      Et oui, et ce livre en est finalement un réel exemple même si cela peut choquer.

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  2. laboucheaoreille 29 novembre 2022 / 13:37

    Oui, je peux concevoir qu’en temps de guerre certaines personnes continuent de mener une vie normale ou même agréable. Ça me rappelle le roman de Radiguet « le diable au corps » qui montre une histoire d’amour pendant la guerre de 14. Merci Patrice pour cette présentation ! Bonne journée 🙂

    Aimé par 1 personne

    • Patrice 2 décembre 2022 / 06:34

      Merci Marie-Anne. Je note Radiguet au passage. Je pense que l’endroit où se passe le roman y contribue également, puisqu’il est proche de la frontière suisse. J’imagine mal le même vécu à Berlin ou Dresde…

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  3. Passage à l'Est! 30 novembre 2022 / 04:28

    Ah oui, continue s’il te plait à lire cet auteur et à nous le présenter: je suis curieuse d’en savoir plus sur ses autres textes et notamment sur ce qu’il a écrit avant ce livre. Je me demande ce qui l’a motivé à écrire sur son enfance alors qu’il était dans sa 70e année, et s’il avait plutôt à l’esprit les gens de sa génération comme lecteurs, qui dans les années 1990 devaient être encore assez nombreux, ou au contraire des lecteurs plus jeunes et qui n’avaient pas connu cette période.

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    • Patrice 2 décembre 2022 / 06:39

      Voilà de très bonnes remarques et questions, comme toujours :-). Je vais continuer à explorer l’oeuvre de Walser, c’est indéniable. Il s’est d’ailleurs retrouvé au coeur d’une polémique au sujet de l’Holocauste, un point que je voudrais creuser.

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  4. cleanthe 30 novembre 2022 / 18:04

    C’est un auteur que je me promets de découvrir depuis quelques temps déjà. Merci pour ta chronique qui me donne envie de sauter le pas.

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    • Patrice 2 décembre 2022 / 06:39

      Merci pour ton commentaire. Dans ce cas, je suis largement récompensé pour cette chronique 🙂

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