
Une écriture bleu pâle de Franz Werfel raconte la journée de la vie bien réglée d’un fonctionnaire autrichien dans les années 30. Une journée comme les autres dont la quiétude est soudain rompue par la réception d’une lettre qui va générer un grand tournant chez Léonidas…
Franz Werfel (1890 – 1945) est un écrivain de langue allemande issue de la bourgeoise juive allemande de Prague, à l’instar de nombreux autres auteurs – comme Max Brod ou Franz Kafka, avec lesquels il était ami. Il vécut avec Alma Mahler, la veuve du compositeur (auquel Seethaler a consacré l’un des romans, Le dernier mouvement, chroniqué récemment par Luocine), dont la vie fut à elle-seule un vrai roman. Après l’Anschluss en 1938, il fuit en France, puis traverse les Pyrénées avec Heinrich Mann en 1940 avant de rejoindre les Etats-Unis où il décède en 1945. Parmi ses ouvrages, signalons Les Quarante Jours du Musa Dagh, dans lequel il évoque le génocide arménien.
Passons maintenant à Une écriture bleu pâle. Léonidas vient d’avoir 50 ans. Il est chef de cabinet du Ministre de l’Enseignement et des Cultes. D’extraction modeste, il connut une belle ascension un peu par hasard en faisant une sortie remarquée lors d’une soirée, ce qui le conduisit à épouser l’héritière la plus riche de la ville ; il fait désormais partie des personnages importants d’Autriche et tout semble lui sourire.
Comme tant d’hommes en bonne santé, de belle allure, disons même beaux, qui avaient atteint dans la vie une position élevée, il inclinait à se sentir particulièrement satisfait dans les premières heures de la matinée et à approuver sans réserve le cours tortueux du monde. Un léger étonnement renouvelé chaque jour vous conduisait hors du néant de la nuit dans la pleine conscience de votre propre réussite, une réussite qui méritait vraiment ce nom.
Cette vie réglée et autosatisfaite est enrayée par l’arrivée subite d’une lettre dont l’écriture bleu pâle, féminine, cause un grand trouble à Léonidas. Il s’agit de Vera Wormser, ancienne compagne dont il n’a pas eu de nouvelles depuis plus de 15 ans, et avec laquelle il s’était mal comporté. Celle-ci lui demande d’interférer en faveur d’un jeune homme de 18 ans. Rapidement, Léonidas s’imagine que ce dernier est le fils qu’il a eu avec Vera lors de cette liaison passagère. Son univers semble se fissurer, il se confesse devant des juges fictifs… N’en disons pas plus !
Une écriture bleu pâle est un court roman très réussi tout d’abord grâce à l’art de description des personnages, à la fine analyse psychologique qui en est faite, parfois sans concession. Les interrogations de Léonidas, ses lâchetés ont un caractère universel : doit-il choisir la responsabilité au détriment de sa vie confortable ? L’ambiance de la rencontre avec Vera est finement décrite :
Derrière ce front d’albâtre, on le sentait, ne nichait aucune pensée qui ne fût en accord avec la personnalité toute entière.
Nous sommes également en 1936, et la question juive est d’une grande actualité. L’Anschluss n’a pas encore eu lieu mais on peut voir que les Juifs sont déjà ostracisés.
En raison de la richesse des thèmes abordés et du style vraiment délicieux, c’est un livre que je vous conseille de découvrir en :
X l’achetant chez votre bouquiniste
l’empruntant dans votre bibliothèque
lisant autre chose
Une écriture bleu pâle, de Franz Werfel, traduit de l’allemand par Robert Dumont. Stock, 1991, 156 pages.

Lu dans le cadre des Feuilles allemandes
Très bel article ! Ce livre a l’air vraiment excellent et en plus c’est un classique, un écrivain que je ne connais pas… Je vais l’acheter ! Merci ! Bonne journée à vous Patrice et Eva
J’aimeAimé par 1 personne
Merci Marie-Anne ! Je ne doute pas qu’il te plaira. Il y a une tonalité qui m’a vraiment plu, une progression du récit qui génère une tension. Ce sentiment d’autosatisfaction de Léonidas au début du livre est vraiment bien retranscrit. En conclusion, n’hésite pas ! Bonne soirée à toi.
J’aimeAimé par 1 personne
Un souveni Daghr très vif des 40 jours de Mussa
J’aimeAimé par 1 personne
Oups ! Cela a bugue je recommence : un souvenir très vif des « 40 jours de Mussa Dagh »
J’aimeAimé par 1 personne
Merci pour ton commentaire. Je suis très heureux de lire cela, car je me suis noté les « 40 jours de Mussa Dagh » juste après avoir fini « Une écriture bleu-pâle » !
J’aimeJ’aime
j’ai plus envie de lire les « 40 jours de Mussa Dagh »
je n’ai pas lu beaucoup sur le génocide Arménien.
J’aimeAimé par 1 personne
Si cela t’intéresse, nous pourrions même en faire une lecture commune à l’occasion des Feuilles allemandes 2024 🙂
J’aimeJ’aime
Chronique très convaincante une fois de plus, et une nouvelle découverte pour moi.
J’aimeAimé par 1 personne
Merci beaucoup Sacha ! Cela a été une découverte totale pour moi aussi quand j’ai lu ce livre (qui était un cadeau d’Eva)
J’aimeAimé par 1 personne
il y a une éternité que je n’ai pas lu Werfel, j’avais énormément aimé les Quarante jours de Musa Dagh sur le massacre arménien mais depuis rien
c’est une excellent idée que tu nous donnes merci à toi
J’aimeAimé par 1 personne
Merci beaucoup Dominique. Je suis très heureux de voir que ce billet donne envie de découvrir cet auteur ou rappelle de bons souvenirs de lecture. Les Quarante jours de Musa Dagh sont sur ma liste !
J’aimeJ’aime
Un auteur que je ne connais pas. Merci pour cette mise en lumière.
J’aimeAimé par 1 personne
Merci à toi pour ce commentaire. Un vrai plaisir de faire découvrir un tel auteur et ce livre qui vaut vraiment d’être lu !
J’aimeAimé par 1 personne
Je découvre cet auteur que je ne connaissais pas, et ce livre donne très envie. A rajouter sur ma (longue) liste donc…
J’aimeAimé par 1 personne
Je suis persuadé que ta longue liste acceptera encore ce titre, il en vaut vraiment la peine 🙂
J’aimeJ’aime