
Jean de Florette repose depuis plusieurs années dans le cimetière du village des Bastides. Sa fille Manon a grandi et Ugolin réalise enfin son rêve de cultiver des oeillets. Dans Manon des Sources, le deuxième tome de L’Eau des Collines, Marcel Pagnol raconte avec force l’histoire d’une vengeance et d’une tragédie familiale.
A la fin du 1er tome, Jean de Florette, nous avions laissé Ugolin et le Papet au pied de la source des Romarins, qu’ils avaient délibérément bouchée en attendant que le nouveau propriétaire des lieux se fatigue et leur vende la propriété. Même si l’aventure malheureuse s’était conclue par la mort d’un homme, les deux paysans purent enfin déboucher la source et mener à bien leur projet. Les oeillets s’épanouissent sous la chaleur provençale et l’eau de nouveau abondante. Ugolin s’enrichit et le Papet n’a plus qu’un souhait : que son neveu, le dernier des Soubeyran, trouve une épouse pour perpétuer la lignée familiale.
Parallèlement, la petite Manon est devenue une belle jeune fille arpentant les collines. Ugolin l’aperçoit, et tombe amoureux d’elle. Une passion dévorant l’habite, qui n’est malheureusement pas réciproque. Soudain, le sort frappe le paysan et le village car la source d’Ugolin et la fontaine du village cessent de couler.
Ugolin arrivait au galop, couvert de boue, le visage défait, et hors d’haleine… A dix pas, il cria :
« Papet! La source! La source!… Elles s’est arrêtée!
_ Qu’est-ce que tu racontes? dit le vieillard.
_ Depuis ce matin, ça ne coule plus !…
_ Plus du tout?
_ Plus une goutte! »
(…)
_ Mais malheureux, tous mes oeillets sont en boutons! Des oeillets de luxe, des spécialités!
_ Il en fait quinze mille! dit le Papet
_ Toute ma fortune, tout ce que j’ai gagné, je l’ai mis là-dedans cette année! Et avec ce soleil, huit jours sans eau, tout est foutu! »
Dans ce deuxième tome, la tonalité est grave : Manon obstrue une source en amont pour se venger des deux paysans et d’un village qui s’est délibérément tu et n’a guère parlé de l’existence de la source à l’étranger. L’eau manque non seulement pour le pastis mais surtout pour les jardins et les cultures. Les esprits s’échauffent. On apprend également un terrible secret à la fin du récit. Il n’en reste pas moins qu’on se délecte de certaines situations, comme l’exposé d’un Ingénieur du Génie Rural dépéché sur les lieux pour tenter d’expliquer ce tarissement soudain, se heurtant à des paysans beaucoup plus terre à terre que lui.
Plus de 50 ans après la mort de Marcel Pagnol, je ne peux que vous encourager à relire les deux tomes de L’Eau des Collines ou à revoir les films de Claude Berri.
En conclusion, je vous conseille:
X d’acheter le livre chez votre libraire
X de l’emprunter dans votre bibliothèque
de lire autre chose
Manon des Sources, de Marcel Pagnol. Editions de Fallois, 2004. 288 pages.

Une contribution pour « Les classiques, c’est fantastique !« , organisé par Au milieu des livres (Moka), et consacré cet été à Marcel Pagnol