Ludvík Vaculík – Les cobayes

Ludvík Vaculík (1926 – 2015) est un auteur tchèque relativement connu dans son pays. Plusieurs de ses livres ont été traduits en français, dont La hache, un texte d’inspiration autobiographique à partir de l’image du père, un communiste convaincu. Le titre Les cobayes fait allusion aux petits animaux que le père de famille se met à élever, mais fait également écho à la condition humaine au début de la normalisation dans la Tchécoslovaquie communiste.

Si Ludvík Vaculík adhéra au PC tchécoslovaque de 1945 à 1967, le célèbre manifeste « Deux mille mots », dans lequel il évoque les droits de l’Homme dans la Tchécoslovaquie communiste, et sa signature de la Charte 77, le font devenir un banni du régime. Il publie ses ouvrages en samizdat, comme ce fut le cas en 1970 pour ce livre.

1970, soit deux ans après 1968 et l’écrasement du Printemps de Prague par les troupes du Pacte de Varsovie. La reprise en main par les autorités et l’occupant fait retomber une chape de plomb sur tout le pays ; c’est un contexte essentiel pour comprendre ce livre qui, par sa tonalité « surréaliste », peut surprendre un lecteur ignorant le contexte.

Vašek est marié à Eva, avec laquelle ils ont deux enfants, Vašek et Pavel. Il travaille dans une banque ; un établissement bien étrange puisque des employés volent délibérément l’argent des caisses. A la suite d’une discussion avec l’un de ses collègues qui élèvent des cobayes, Vašek en achète un pour le Noël de Pavel.

Le lecteur suit la vie quotidienne de la famille au coeur de laquelle le cobaye est au centre de l’attention. Un second cobaye roux arrive au foyer, puis un troisième… Le père est le narrateur. Il est un peu étrange et commence à s’adonner à des expérimentations sur ses animaux, générant une sorte de malaise :

Prenez un sachet de papier, posez-le ouvert sur la table et laissez le cobaye entrer dedans. Refermez ensuite le sachet en le tordant un peu, de telle sorte que l’air puisse pénétrer, et allez au cinéma. A votre retour, vous retrouverez tout comme vous l’aviez laissé. (…) Il est inutile de mettre le cobaye sur le clavier d’un piano et de refermer le couvercle. Là encore, cobaye n’est pas chaton : ça ne joue pas.

Plus le récit avance et plus les cobayes sont assimilés à l’espèce humaine ; à l’opposé, quand l’un des fils est malade, c’est au vétérinaire qu’on s’adresse. Vaculík brouille les pistes et derrière cela, pointe la critique d’une société qui a perdu sa moralité, où chacun vole, où les citoyens deviennent des cobayes.

J’ai été séduit par l’écriture de Vaculík, qui arrive à combiner exigence et fluidité, et je lirai avec plaisir La hache dès que l’occasion s’en présentera. J’ai toutefois été assez dérouté par ce livre, par son côté surréaliste auquel je suis peu enclin.

En conclusion :

Achetez le livre chez votre libraire

X Empruntez-le dans votre bibliothèque

X ou lisez autre chose

Les cobayes, de Ludvík Vaculík, traduit du tchèque par Alex Bojar et Pierre Schumann-Aurycourt. Gallimard, 1974, 200 pages

Participation à Une rentrée à l’Est (Des romans mais pas seulement – Sacha).

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.