Renata Libal – Tchéquie, la nostalgie n’est jamais légère

La collection L’âme des peuples des Editions Nevicata s’est récemment enrichie d’un nouvel opus que j’attendais particulièrement, puisqu’il nous parle de La Tchéquie – sous-titré La nostalgie n’est jamais légère. Il est signé par Renata Libal, une journaliste suisse née dans la Tchécoslovaquie communiste et dont les parents ont émigré après 1968.

A l’instar des autres tomes de la série, le livre est divisé en deux parties : la première est un récit qui nous parle de l’histoire tchèque mais plus largement nous aide à comprendre la mentalité du pays et des habitants. La seconde consiste en trois entretiens menés avec des personnalités tchèques : le comte Kinský, revenu au pays avec son épouse française dans les années 90, la talentueuse écrivaine Kateřina Tučková (qui nous parle ici des figures féminines de son pays), et l’économiste Mojmír Hampl, président de la Commission nationale des Finances.

Renata Libal débute la première partie par un angle à mon avis très réussi qui est le choix d’un mot – pohoda, ce mot « à peu près intraduisible » de la langue tchèque.

Le mot exprime le contentement, un sentiment de paix profonde, tel que peut le ressentir l’employé de bureau après une journée en costume trop ajusté. L’équivalent, version longue, de la première gorgée de bière – ce qui tombe bien dans un pays si imprégné de culture brassicole.

Si Prague est une ville magique, qui vient à l’esprit des touristes quand on évoque ce petit pays d’Europe Centrale, le Tchèque aime trouver refuge à la campagne, dans sa « chata » ; il aime rêver, recherche la « pohoda », et fait preuve de résilience et de dérision. L’Histoire lui a enseigné l’importance de la tolérance et la non-violence.

Au cours de son histoire, la région s’est retrouvée ballottée d’un envahisseur à l’autre, y perdant souvent l’usage de sa langue, mais il s’est peu battu, se raccrochant tant bien que mal à son quotidien banal, à son sens de l’humour. Le bon mot, plutôt que les armes. Le pragmatisme plutôt que l’héroïsme. (…) fondamentalement, l’esprit tchèque relève davantage du détachement désabusé que de la haine qui remue les tripes.

Les entretiens de la seconde partie du livre permettent de creuser certains aspects ; si tous les trois sont passionnants, je me permets ici de citer davantage le troisième, l’économiste Hampl, qui cerne bien l’état d’esprit des gens et montre certains exemples de réussites tchèques récentes.

Les Tchèques ont tendance à se sous-estimer et à toujours voir le verre à moitié vide. On trouve toujours que le voisin s’en tire mieux, que les choses marchent mieux ailleurs. (…) Vraiment, le seul talon d’Achille de la Tchéquie est cette réticence à prendre conscience de sa force, à l’admettre et à la savourer. Pourquoi diable préférons-nous toujours tout critiquer ?

Même si l’on est rarement déçu par cette collection, force est de constater que cet exemplaire consacré à la République Tchèque tient toutes ses promesses et parvient en une centaine de pages à nous insuffler « l’âme du peuple » tchèque avec beaucoup de précision.

Je vous conseille :

X d’acheter ce livre chez votre libraire, sur liseuse ou via le site des éditions Nevicata

de l’emprunter dans votre bibliothèque

lire plutôt autre chose

Tchéquie. La nostalgie n’est jamais légère, de Renata Libal. Collection L’âme des peuples, éditions Nevicata. 2025. 96 p.

Participation à Une rentrée à l’Est (Des romans mais pas seulement – Sacha).

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