Eduard Bass – Les Onze de Klapzuba

Et si on parlait football aujourd’hui ? J’imagine la grimace qui se dessine sur le visage de certain(e)s d’entre vous, mais ne partez pas encore. S’il est question en effet de football dans ce livre d’Eduard Bass, Les Onze de Klapzuba, c’est surtout l’occasion de découvrir un grand classique de la littérature tchèque, qui fait même partie des programmes scolaires de la patrie de Saint Venceslas, et qui nous permet d’inaugurer notre mois de mars dédié à littérature d’Europe centrale et orientale.

Il était une fois un pauvre paysan, Klapzuba il s’appelait, et ce Klapzuba avait onze fils. Pauvre comme il était, il se demandait ce qu’ils allaient devenir ; c’est alors que l’idée lui vint d’en faire une équipe de football. Il possédait à côté de sa maison un joli bout de pré bien plat ; il le transforma en un terrain de jeu, il vendit une chèvre, acheta deux ballons et les garçons commencèrent à s’entraîner.

C’est ainsi que naquit le « FC Onze de Klapzuba ». Après plusieurs années d’entraînement intensif, l’équipe se lance dans la compétition. Rapidement, elle écrase ses adversaires et passe d’une division à une autre, remportant le titre de champion de Tchécoslovaquie, avant de partir à la conquête du monde. Les stades se remplissent, la rumeur enfle au sujet de l’équipe.

De partout, instituteurs, entraîneurs et toutes sortes de spécialistes venaient apprendre des Klapzuba la meilleure façon de préparer les joueurs aux matchs. Ils apprirent un tas de choses mais passèrent à côté de l’essentiel, à côté de ce qui constituait le véritable secret des Klapzuba : la supériorité morale et affective, le dévouement complet et désintéressé avec lequel ils s’entraidaient, une fraternité pure et véritable que le vieux Klapzuba, sans grands discours ni sermons, sut cultiver entre eux et qui était leur force principale les aidant à vaincre.

Les Onze de Klapzuba est un livre drôle, attachant et se lisant facilement. Il montre bien le pouvoir d’attraction du football et pose déjà la question de l’amateurisme par rapport au professionnel, ce qui est très surprenant quand on sait que le livre a été écrit en 1922, il y a donc 100 ans. Il prône les valeurs de l’engagement, ou encore « le véritable enthousiasme et la flamme, les deux mamelles de la victoire », face au pouvoir de l’argent.

Il n’y a pas de quoi s’étonner, tout ce qui se répète à l’infini perd de son charme et se résume à la longue à un problème mécanique. On a vu le même phénomène avec les professionnels du Royaume-Uni. Seul un amateurisme total, celui qui exige de ses adeptes des sacrifices, apporte en récompense le plus beau cadeau que la culture physique puisse offrir : l’esprit sportif. Toutes les autres formes d’activité sportive mènent à la mortification de l’esprit.

C’est un livre tchèque, et qui dit tchèque dit humour. Ce livre n’en manque pas ! La malice du vieux Klapzuba fait mouche à plusieurs reprises dans le livre, quand il doit « équiper » ses joueurs face à une équipe venue pour les martyriser physiquement, ou encore quand il fait la rencontre d’un Anglais sur le bord d’un terrain :

« C’est vous, monsieur Klapzuba ? »

Klapzuba rassembla en vitesse toutes ses réserves de vocabulaire anglais, prit son temps pour y faire son choix, hocha la tête et dit finalement :

« Yes »

Leçon de vie et d’optimisme, Les Onze de Klapzuba est un livre à découvrir !

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Lisez autre chose

Les Onze de Klapzuba, d’Eduard Bass, traduit du tchèque par Marcela Salivarová Bideau, illustré par Josef Čapek. L’Âge d’Homme, 2008, 154 pages.

Ce livre a été lu dans le cadre du Mois de l’Europe de l’Est d’Eva, Patrice et Goran.

11 réflexions sur “Eduard Bass – Les Onze de Klapzuba

  1. luocine 1 mars 2022 / 13:54

    J’adore l’humour Tchèque et je vois que le personnage principal n’en manque pas.

    Aimé par 1 personne

    • Patrice 3 mars 2022 / 04:41

      Je te comprends et ce livre est un petit bonheur de ce point de vue.

      J’aime

    • Patrice 3 mars 2022 / 04:41

      C’est très différent de ce que l’on a l’habitude lire et c’est réjouissant (surtout en ce moment)

      J’aime

    • Patrice 6 mars 2022 / 19:08

      Exactement. Il y a une façon tchèque de penser qui me plait beaucoup. Dernier exemple en date : la mairie de Prague 6 a proposé de renommer la rue où se situe l’ambassade russe « Rue des héros ukrainiens ». Très tchèque 🙂

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  2. claudialucia ma librairie 12 mars 2022 / 14:09

    Si j’en juge par la réponse « yes » c’est un livre plein d’humour et de plus les idées sont généreuses.
    J’ai été réfractaire à l’humour du Brave soldat Schveik que tous adoraient dans ma famille. J’ai pourtant essayé ! Est-ce le même style d’humour ?

    Aimé par 1 personne

    • Patrice 13 mars 2022 / 21:47

      Je ne saurais te dire car je n’ai pas lu Svejk (je n’ose pas l’avouer…)

      J’aime

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