Ernst Wiechert – Roman d’un berger

S’il ne figure pas parmi les romanciers allemands les plus connus dans notre pays, Ernst Wiechert (1887 – 1950) est l’auteur d’une oeuvre conséquente au premier rang desquels figure Les enfants Jéromine, un roman sur la vie d’un petit village de Prusse-Orientale au début du XXème siècle. Il fut également l’un des auteurs les plus lus dans son pays des années 30 aux années 50. Il faut donc se féliciter de voir Les éditions du Typhon publier récemment Roman d’un berger, un court roman d’une petite centaine de pages.

Mickaël est un jeune garçon qui voit son père, bûcheron, mourir devant ses yeux lors de la chute d’un arbre. Pris en affection par le village, il devient gardien des oies avant qu’on ne lui confie la garde du troupeau du village, qu’il emmène chaque jour paître dans les pâturages. Le jeune homme, solitaire, est reconnu pour sa sagesse, sa connaissance de la nature :

Son âme est pleine d’histoires. C’est la forêt qui les fait éclore, la solitude et le silence. Il n’a pas besoin d’apprendre des odes latines. Des semaines passent où la pluie tombe en bruissant sur les forêts et pendant lesquelles, étendu sous un pin dont les longues branches retombantes l’abritent, enveloppé dans son manteau de berger, il écoute les voix qui viennent des profondeurs.

L’une des choses qui séduit le lecteur dans ce petit livre est le style d’Ernst Wiechert, que ce soit dans les descriptions de la nature, les scènes de la vie quotidienne, l’évocation des habitants du village, mais également pour évoquer la mort :

Un beau jour d’été vers midi, son père mourut écrasé par la chute d’un arbre. Mickaël en fut le seul témoin. Du bord de la clairière, il vit la cime du grand sapin commencer à frémir ; mais sans osciller comme d’ordinaire emporté par la rotation de ses branches, l’arbre tout entier tourna très vite sur lui-même avant de s’abattre avec fracas, comme une tour de ses fondations s’effondre. Le vacarme de la chute étouffa le faible cri poussé au pied de cette montagne de verdure qui s’écroulait d’un coup.

Ce livre est une ôde à la nature, à la tradition, à la vie intérieure, à la sagesse. Aussi, quand la guerre se rapproche du village à la fin du récit, le contraste est d’autant plus perceptible avec les valeurs que promeut l’auteur. Les thèmes du livre sont communs avec ceux que l’on retrouvait déjà dans Les enfants Jéromine, où le jeune Jons Ehrenreich, après ses études, était revenu exercer comme simple médecin de campagne dans son village natal.

Je laisse la parole au maître d’école, qui, sur ses vieux jours, se confie à Mickaël :

Il avait appris que les jeunes amis de Mickaël s’éloignaient maintenant de plus en plus de lui, à part Adam.

_ C’est, disait-il, une loi de toute une vie : des commencements possibles mènent à des fins différentes ; mais préserver ce qu’il y a de premier dans le monde est une noble tâche, surtout dans un temps où les villes grandissent sans cesse et où, sans arrêt, la machine détruit ce que la main de l’homme avait mis des milliers d’années à apprendre ou à acquérir. Et toujours, ajoutait-il à voix basse, toujours les solitaires furent enveloppés d’une gloire et d’une grâce particulières, parce qu’il étaient ceux qui étaient demeurés les plus humains ; et ce qu’ils avaient souffert, leurs douleurs ou leurs renoncements, avait été pour eux, mais non pour eux seuls, une bénédiction.

 Roman d’un berger est un livre d’une grande force morale que je vous conseille :

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de lire autre chose

Roman d’un berger, de Ernst Wiechert, traduit de l’allemand par Sylvaine Duclos. Les Editions du Typhon, 2022, 116 pages.

Ce livre a été lu dans le cadre des Feuilles allemandes, consacrées à la littérature de langue allemande.

N’hésitez pas à aller lire un autre avis très enthousiaste sur ce titre de la part de Lire et Merveilles.

27 réflexions sur “Ernst Wiechert – Roman d’un berger

    • Patrice 4 novembre 2022 / 15:15

      Finalement, c’est un auteur qui est toujours lu, ce qui est très bien. Je ne l’ai pas vu sur ton blog, tu comptes publier une critique ?

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      • krolfranca 6 novembre 2022 / 12:35

        Non, je ne publierai pas de critique parce que j’arrête d’en écrire…

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  1. keisha41 4 novembre 2022 / 11:27

    Cet auteur pourrait bien me plaire (mais les enfants Jéromine, trop gros, je peux voir plus court)

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    • Patrice 4 novembre 2022 / 15:15

      Dans ce cas, voici une excellente entrée en matière !

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  2. Marilyne 4 novembre 2022 / 13:48

    Les grands esprits, je viens de publier ma chronique que j’avais gardé pour Les feuilles allemandes, j’adore ! Magnifique lecture, qui me motive à me plonger dans Les enfants Jéromine.

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    • Patrice 4 novembre 2022 / 15:16

      C’est vraiment incroyable ! Je suis très heureux que ce roman t’ait également beaucoup plu, je suis curieux d’aller lire ton billet.

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    • Patrice 4 novembre 2022 / 15:18

      N’est-ce pas ? En préparant ce mois thématique, je me suis rendu compte une fois de plus que ce ne sont pas les titres qui manquent, c’est plus le temps. La littérature germanique est très riche, même si tout n’est pas traduit en français.

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  3. kathel 4 novembre 2022 / 17:20

    Je découvre ce roman qui pourrait bien me plaire… dommage qu’il ne soit pas dans ma médiathèque.

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    • Patrice 5 novembre 2022 / 07:30

      Ce n’est pas l’auteur le plus connu, mais as-tu regardé s’ils avaient d’autres titres dans la médiathèque ?

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      • kathel 5 novembre 2022 / 13:21

        Non, aucun. Je l’ai donc noté pour un achat, en occasion si je le trouve.

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  4. dominiqueivredelivres 4 novembre 2022 / 18:10

    oh comme je suis heureuse de te lire, j’aime beaucoup cet auteur peu connu en effet mais j’ai lu plusieurs livres de lui avec bonheur alors celui là va aller rejoindre ma bibliothèque très vite merci à toi

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    • Patrice 5 novembre 2022 / 07:32

      Merci à toi pour le commentaire. Je suis très heureux que tu découvres ce livre et je ne doute pas qu’il te plaise. Je vais de mon côté noter « Missa sine nomine » que tu mentionnes chez Maryline.

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  5. Aifelle 5 novembre 2022 / 07:29

    Je viens de lire le billet de Maryline sur cet auteur que je n’ai pas lu. Visiblement c’est une lacune. Ma bibliothèque a plusieurs titres, mais pas celui-ci, je vais leur faire la suggestion.

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    • Patrice 5 novembre 2022 / 07:33

      C’est une excellente idée et l’occasion évidente pour les lecteurs/lectrices de la bibliothèque de faire une très belle découverte.

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  6. Ingannmic 5 novembre 2022 / 13:01

    Vous vous seriez donné le mot, avec Maryline, vos billets n’auraient pas été plus convaincants ! Et quelle jolie couverture…

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    • Patrice 6 novembre 2022 / 07:50

      Très juste, sacrée coïncidence et en même temps quel plaisir de voir la convergence de nos avis !

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    • Patrice 6 novembre 2022 / 07:51

      Je vois tellement de bons titres chroniqués depuis le début du mois qu’il convient de parler de « prochaines éditions » au pluriel 🙂

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  7. luocine 5 novembre 2022 / 16:32

    il avait toute sa place dans ce mois de novembre , j’ai lu dans ma jeunesse « les enfants Jeromine » et « Missa sin nomine » j’ai peu de souvenirs sauf d’une ambiance lourde et beaucoup de lenteur (trop pour moi aujourd’hui à l’époque j’avais adoré)

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    • Patrice 6 novembre 2022 / 07:53

      Tu es déjà expecte dans l’oeuvre de Wiechert par conséquent. Il est juste que certaines lectures qui plaisent beaucoup à un moment de la vie ne conviennent plus ensuite et suscitent moins d’émotion. Merci pour ton commentaire.

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  8. Michel Quedeverbes 6 novembre 2022 / 21:24

    Je n’avais jamais entendu parler de cet auteur 😦 . Comme je n’achète (normalement) plus de livre, j’ai regardé le catalogue de ma bibliothèque, mais ils n’ont pas le Roman d’un berger. Ils n’ont que Les enfants Jéromine, et c’est un peu épais par rapport à mes disponibilités actuelles. Noté pour plus tard 😉 .

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    • Patrice 7 novembre 2022 / 14:00

      Tu n’es pas le seul à le découvrir ! Je ne doute pas que tu auras d’autres suggestions de lecture suite aux Feuilles Allemandes et qui seront disponibles à l’emprunt dans la bibliothèque.

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  9. Passage à l'Est! 7 novembre 2022 / 04:14

    Ta présentation de ce livre me rappelle que j’ai lu il y a longtemps Ábel dans la forêt profonde, de l’écrivain hongrois de Transylvanie Áron Tamási. Un cadre régional, un personnage de garçon solitaire proche de la nature, et tous deux publiés dans les années 1930… il faudrait que je le relise, et que je lise ce Roman d’un berger, pour voir si mon esprit a raison de faire ce rapprochement.

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    • Patrice 7 novembre 2022 / 14:14

      Merci pour ton commentaire et surtout pour ce rapprochement avec l’ouvrage de Áron Tamási, que je n’ai jamais lu mais que je rajouterais volontiers à ma liste !

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  10. nathalie 8 novembre 2022 / 10:47

    Ce billet est une catastrophe. J’ai noté deux titres, Les enfants Jeromine et ce titre, et ensuite j’irai déposer plainte chez mon libraire favori. Voilà.

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