
Second roman du (très) jeune écrivain suisse Nelio Biedermann, né en 2003, Lázár est l’un des livres dont on parle beaucoup en cette rentrée littéraire. Sorti en 2025, et déjà paru dans vingt-sept pays, il a l’ambition de décrire la vie d’une famille noble hongroise prise dans les vicissitudes de l’Histoire, de la fin du XIXème siècle à la révolution hongroise de 1956.
Enfant à la peau très fine et aux yeux bleu lac, Lájos von Lázár est surnommé « l’enfant de verre ». Il nait dans un chateau isolé, entouré d’une forêt. Même s’il a la lourde tâche de faire perdurer l’histoire familiale qui s’étire depuis des générations, on apprend rapidement qu’il est le fruit de l’infidélité de sa mère, Maria, et du palefrenier. Lajos est un des personnages clés du roman mais le roman s’attarde également sur ses parents, sa soeur Ilona, puis ses enfants Pista et Eva. Des personnages qui donnent parfois davantage de vivre l’un à côté de l’autre plutôt qu’ensemble et qui tenteront de faire face à une Histoire des plus tourmentées : deux guerres, l’écroulement d’un Empire, l’occupation russe et la mise en place d’un régime autoritaire.
Après l’échec des contre-attaques menées par le reste des troupes allemandes et hongroises et la capitulation des dernières unités le 13 février, et pour fêter la victoire, le maréchal Malinowski avait accordé à ses hommes trois jours de pillage à volonté. Un évêque hongrois qualifia la situation – comme Zuckmayer l’avait fait pour les journées de l’Anschluss autrichien – d’enfer sur terre. Les hommes furent enlevés, les églises détruites, les logements saccagés, les rares vestiges de nourriture engloutis et les femmes, de la fillette de douze ans à la future mère enceinte de neuf mois, abusées.
Le roman est captivant par l’atmosphère qu’il sait créer et la précision de l’écriture. Certaines scènes sont parfois très dures (pensons à la bonne « sacrifiée » pour les soldats), et visuellement marquantes. Les personnages sont très humains, notamment dans leurs défauts, et l’on assiste à leur déchéance ou on entrevoit leur lâcheté. J’ai été pris par ce récit auquel je reprocherais néanmoins un aspect : l’auteur, en avançant dans l’histoire, fait des sauts de temps, et cela empêche de comprendre quelle est l’évolution intérieure des personnages et de s’attacher complètement à l’histoire. En refermant le livre, je me suis dit qu’il aurait gagné à être amplifié de quelques centaines de pages supplémentaires pour donner à cette histoire ambitieuse davantage de corps, et laisser une empreinte plus marquante.
Malgré cette réserve, je vous conseille vivement de découvrir Lázár et son jeune auteur prometteur, par exemple à l’occasion des Feuilles allemandes.
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Lázár, de Nelio Biedermann, traduit de l’allemand (Suisse) par Rose Labourie. Belfond, 2026, 352 pages.
Je le note pour les Feuilles allemandes!
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