La vache – Beat Sterchi

Ambrosio est un ouvrier espagnol venu travailler en Suisse, dans le petit village d’Innerwald, dans le « pays nanti » auprès d’un paysan nommé Knuchel. Dès le début du récit, il est clair que ce séjour à la campagne ne fut qu’une courte étape dans la vie d’Ambrosio, qui trouva ensuite un emploi aux abattoirs municipaux. Alternant entre le travail à la ferme et une journée aux abattoirs, La vache est un roman de Beat Sterchi paru en 1983 sous le nom de « Blösch » (nom donné en suisse allemand à un veau au pelage rouge paille et uniforme) qui eut un grand retentissement dans son pays d’origine.

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Il n’y a que 12 vaches dans la famille Knuchel, mais le père de famille s’oppose à l’installation d’une machine à traire. Il cherche donc de la main d’oeuvre pour s’occuper du troupeau et des champs, rôle qu’est venu remplir Ambrosio, arrivé un dimanche pour prendre son poste. Au village, tout le monde est au courant de l’arrivée de cet étranger qui divise les habitants et la question qui préoccupe le plus Knuchel est de savoir s’il sera capable de traire les vaches.

Ils étaient loin d’être tous favorables à sa venue, à commencer par le laitier. L’Italien malpropre de Boden, selon lui, rendait plus difficile déjà la fabrication d’un fromage de qualité. Depuis longtemps le lait d’Innerwald n’était plus ce qu’il avait été. Il ne manquait plus désormais que la venue d’un Espagnol ! On le verrait bien : la paie du lait de Knuchel s’en ressentirait, et l’honneur de toute la société de laiterie.

Parmi les vaches de Knuchel figure Blösch, « la meilleure vache de l’alpage ». Personnage à part entière, elle constitue la fierté du propriétaire, mais aussi sa frustration quand elle vient de mettre au monde à nouveau un taureau. Dans cette première partie qui fait plus de 100 pages, Beat Sterchi décrit avec précision les travaux des champs, de l’élevage, mais aussi à quel point la vie familiale tourne autour de la ferme et des animaux.

A partir de la seconde partie, on comprend que le récit s’articulera autour de la vie à la ferme (7 ans plus tôt) et celle aux abattoirs, en alternance. Cette seconde partie désarçonne le lecteur : en rupture de style complet, raconté par un collègue de travail d’Ambrosio, elle est descriptive, très naturaliste. La froideur du lieu, la technicité sont aux antipodes du caractère champêtre de la première. L’arrivée des animaux à l’abattoir (dont celle de Blösch, décharnée, qui choque Ambrosio), leur abattage, découpage, mais aussi les échanges entre les collègues – les remarques racistes étant l’un des points communs entre les différentes parties – défilent, au risque parfois de provoquer un trop-plein.

Chronique de la ruralité, des changements à l’oeuvre dans notre rapport aux « facteurs de production », de la condition animale (dès les années 80 !), de l’industrie alimentaire mais aussi d’une condition ouvrière difficile, sans oublier la défiance à l’égard des travailleurs émigrés, La vache est un livre dense que je vous invite à découvrir absolument. Réédité il y a quelques années par les Editions Zoé, il est disponible depuis l’an dernier en format poche.

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La vache, de Beat Sterchi, traduit de l’allemand (Suisse) par Gilbert Musy. Zoe Poche, 2025, 560 pages.

Ce livre a été lu dans le cadre des Feuilles allemandes et des Pavés de l’automne (Mokamilla) 

3 réflexions sur “La vache – Beat Sterchi”

  1. Avatar de luocine luocine 2 novembre 2026 / 10:46

    Je ne suis pas certaine que ce roman ma plairait . Sauf la première partie.

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  2. Avatar de Sacha Sacha 2 novembre 2026 / 11:09

    Le sujet est très intéressant et toujours d’actualité avec le bien-être animal et la main d’œuvre agricole étrangère (j’ai entendu des agriculteurs penchant pourtant pour le RN déplorer les restrictions à l’entrée de travailleurs étrangers indispensables pour les récoltes notamment).

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  3. Avatar de keisha41 keisha41 2 novembre 2026 / 11:22

    Ha je vois le sondage, perso j’ai proposé deux couvertures, sans penser à un sondage. Faut que j’y pense ^_^

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