La ferme des animaux – George Orwell

En reposant le livre de Anna Funder, L’invisible Madame Orwell, je ne pouvais résister à l’envie de lire La ferme des animaux, de George Orwell. Ecrit en 3 mois pendant la Seconde Guerre Mondiale, paru en 1945, et grand succès dès sa sortie, ce livre est une fable visant à montrer à quel point la révolution russe fut dévoyée par Staline et aboutit à une dictature. Anna Funder cite plusieurs fois ce livre, en y replaçant le rôle important que joua la femme de l’auteur, Eileen, dans la genèse de l’oeuvre :

J’irai plus loin en disant que cela montre que sa manière de voir les personnages et autres créatures – plus vive, plus humaine, plus drôle – lui venait d’Eileen. (…) C’est un chef-d’œuvre expliquant comment la révolution russe s’est transformée en dictature sanglante sous la férule d’une nouvelle élite installée par Staline. (…) Dans La Ferme des animaux, la profondeur psychologique et la compassion d’Eileen rejoignent l’intuition politique d’Orwell pour bâtir un chef-d’œuvre – Anna Funder.

Lire la suite

Lütten Klein : vivre en Allemagne de l’Est – Steffen Mau

Plus de 30 ans après la réunification et alors que les récentes élections régionales ont vu une montée significative du parti d’extrême-droite AfD, la RDA continue d’être un sujet d’études important outre-Rhin. Dans son ouvrage Lütten Klein : vivre en Allemagne de l’Est, traduit en 2021 en français, le sociologue Steffen Mau dresse un portrait de l’Allemagne de l’Est et montre avec talent les fractures à l’oeuvre dans cette société.

Lire la suite

Alexandre Courban – Passage de l’Avenir, 1934

Le 6 février 1934 est une date qui reste très importante dans l’Histoire du XXème siècle de notre pays. En effet, suite à l’affaire Stavisky et au limogeage du préfet de police Chiappe, une manifestation regroupant les ligues s’ébroue dans Paris, qui fait vaciller le pouvoir. Elle fut aussi le point de départ d’une union des gauches qui se matérialisera dans le Front Populaire. Dans son premier roman, Passage de l’Avenir, 1934, Alexandre Courban revient sur les mois qui ont suivi cette manifestation en nous gratifiant d’un roman historique et policier très réussi qui se veut le premier volume d’une série.

Lire la suite

Josef Škvorecký – Les lâches

Figurant indéniablement parmi les auteurs tchèques majeurs de la seconde moitié du XXème siècle, même s’il est beaucoup moins connu que Kundera et Hrabal, Josef Škvorecký est l’auteur d’une trilogie libre, constituée par Les lâches, L’escadron blindé et Miracle en Bohême. Rédigé en 1948 mais publié seulement en 1958, Les lâches valut à son auteur une interdiction de publier de plusieurs années et la perte de son travail. Il traite de la libération de la ville natale du narrateur Danny Smiřický, du 4 au 11 mai 1945.

Lire la suite

Anna Funder – Stasiland

Ce mois de janvier était LE mois où j’ai enfin découvert la plume d’Anna Funder. Il n’est peut-être pas nécessaire de la présenter puisque la plupart d’entre vous ont sans doute déjà lu un ou deux de ses livres. Rappelons simplement que c’est une autrice australienne qui a étudié (entre autres) la littérature anglaise et pour laquelle les séjours à Berlin, la connaissance de la langue allemande et l’intérêt pour les droits humains étaient sans doute des blocs de construction nécessaires à la rédaction de son ouvrage passionnant, Stasiland.

Comment peut-on avoir appartenu à un tel univers, puis l’avoir vu disparaître en même temps que la place qu’on y occupait ?

Lire la suite

Fabien Vinçon – Staline a bu la mer

Faisant partie de la première sélection du prix Orange, Staline a bu la mer est le second roman de Fabien Vinçon. Il y met en scène la mer d’Aral et son asséchement décidé par l’URSS après la Seconde Guerre Mondiale. Si certains lient capitalisme et exploitation de la nature, force est de constater que le communisme et sa vision d’un Homme domptant celle-ci n’ont rien à lui envier…

Lire la suite

Stefan Heym – Les Architectes

Ecrivain majeur de l’ancienne RDA, Stefan Heym (1913 – 2001) eut un parcours riche qui l’emmena de son Chemnitz natal aux Etats-Unis, puis de nouveau en RDA avant de mourir à Jérusalem. D’origine juive, communiste convaincu mais critique par rapport à un régime qui ne tenait pas compte de la nouvelle donne des années 50 (déstalinisation), il rédigea Les Architectes entre 1963 et 1966, mais ne le publia que peu avant sa mort…

Lire la suite

Slobodan Šnajder – La réparation du monde

Lors de la dernière édition des Feuilles Allemandes, j’ai eu l’occasion de chroniquer un livre qui fut une très belle expérience de lecture ; il s’agissait de Le turbulent destin de Jacob Obertin, un titre récompensé par le prix suisse du livre en 2012. Il mettait en scène une famille lorraine immigrant en Transylvanie au XVIIIème siècle. Passage à l’Est! me faisait remarquer que le livre de l’écrivain croate Slobodan Šnajder, né à Zagreb en 1948, traitait d’un thème semblable et c’est la raison pour laquelle nous avons mis La réparation du monde, oeuvre majeure et ambitieuse de l’écrivain, au programme des lectures communes de notre Mois de l’Europe de l’Est !

Lire la suite

Jan Trefulka – Séduit et abandonné

Ecrivain tchèque, Jan Trefulka (1929 – 2012) a été traduit à trois reprises en français. Séduit et abandonné est un livre écrit en 1973 et paru sous forme de samizdat durant la normalisation qui frappait la Tchécoslovaquie.

Mais son angoisse la plus aiguë provenait de ce qu’il se savait définitivement condamné ; sa vie avait irrévocablement déraillé, des centaines de milliers de vies avaient déraillé de la sorte et il n’y avait pas de remède ; silencieux et obéissants, les hommes avançaient vers leur perte.

Lire la suite

Svetlana Alexievitch – Les cercueils de zinc

En ayant appris que Passage à l’Est et Chez Mark et Marcel organisaient une lecture commune autour de l’écrivaine biélorusse Svetlana Alexievitch, prix Nobel de littérature 2015, j’ai souhaité répondre à l’appel. C’est le quatrième livre de l’autrice que je lis, après La Supplication, La fin de l’homme rouge et Derniers témoins. Fidèle à sa méthode de collecter des témoignages, elle situe cette fois son récit intitulé Les cercueils de zinc à la fin de la guerre qui opposa l’URSS à l’Afghanistan dans les années 80.

La peur est plus humaine que le courage : on a peur, on se prend soi-même en pitié.

Lire la suite